chapitre 01 une manche trop courte 2
Chapitre I
Une manche trop courte
Le juge Ti avait appris qu’un magistrat doit se méfier des grandes catastrophes. Elles arrivent précédées de messagers haletants, d’ordres couverts de sceaux et de fonctionnaires assez prévoyants pour avoir déjà désigné le responsable. Les petites, en revanche, entrent sans frapper.
Celle-ci avait la forme d’une manche.
— Je ne peux pas plier le bras, déclara une voix enfantine dans la cour intérieure.
Ti suspendit son pinceau au-dessus du mémoire qu’il annotait. Une goutte d’encre se forma à la pointe, hésita, puis tomba au beau milieu d’une phrase consacrée à la réparation d’une digue. Le magistrat contempla le désastre. Le fleuve n’avait pas encore emporté la digue, mais son rapport venait de perdre toute dignité.
— Si tu ne peux pas plier le bras, répondit une voix de femme, cesse donc de l’agiter.
Ti reconnut Madame Deuxième. La logique de son épouse était souvent irréprochable parce qu’elle supprimait la difficulté en même temps que la solution.
Il posa son pinceau. Depuis l’aube, il avait examiné deux querelles de bornage, une plainte contre un marchand de porcs et les comptes d’un hospice dont le trésorier semblait persuadé que les vieillards se nourrissaient d’air. La discussion d’une manche offrait au moins la promesse d’un coupable moins bavard.
Il quitta son cabinet privé et suivit la galerie qui conduisait aux appartements familiaux. La matinée était déjà chaude. Sous les tuiles, l’air retenait une humidité qui amollissait le papier et collait les robes aux épaules. Dans la cour, deux servantes avaient dressé des nattes sur lesquelles s’empilaient des vêtements neufs : robes ouatées, pantalons, vestes d’enfants et manteaux de toile sombre. Une odeur de fibre sèche se mêlait à celle du thé.
Dame Lin se tenait au centre de cette armée de tissus. Une tablette à la main, elle comparait chaque pièce à une liste. Les vêtements étaient destinés à plusieurs familles des faubourgs dont les maisons avaient souffert des dernières pluies. Le yamen n’avait pas ordonné cette distribution. Dame Lin avait seulement constaté que les enfants des sinistrés grelotteraient avant que l’administration ait fini de déterminer à quel bureau revenait le droit de les secourir.
Pour les confectionner, elle avait obtenu deux rouleaux du magasin public des étoffes de Pou-yang, l’unique entrepôt où le district recevait, mesurait et conservait les tissus dus à l’administration. Une partie de ces tissus pouvait être affectée aux besoins locaux sur autorisation du juge; le reste demeurait scellé jusqu’à son expédition. D’après le reçu, les deux rouleaux confiés à dame Lin devaient suffire à trente vêtements d’enfants de tailles déterminées.
Le plus jeune fils de Ti se dressait devant elle, enfermé dans une robe grise. Les poignets dépassaient largement des manches et le vêtement lui découvrait les chevilles. Il avait l’air d’avoir grandi pendant qu’on l’habillait.
Madame Deuxième tira sur un pan et accusa le tailleur d’avoir économisé l’étoffe. Madame Troisième, assise près d’une corbeille de fils, avait déjà examiné les coutures et les chutes rapportées par l’atelier. Le travail était régulier; rien n’avait été prélevé. Les vingt-cinq premiers vêtements correspondaient aux patrons. Lorsque les coupeuses avaient atteint la fin du second rouleau, il leur avait manqué assez de tissu pour les cinq derniers. Plutôt que de rendre une commande incomplète, elles avaient réduit manches et pans dans les mêmes proportions.
— L’atelier de couture a caché le manque, conclut dame Lin. Il ne l’a pas créé.
— Voilà qui innocente ses ciseaux, observa Ti en entrant, mais pas encore sa langue.
Son fils leva vers lui un visage indigné.
— Hier, j’étais de la bonne taille.
— Ton témoignage manque d’un témoin indépendant.
Dame Lin ne sourit que des yeux. Elle défit la ceinture de l’enfant et lui retira la robe avant qu’il ne se transforme en plaignant officiel.
— Cette pièce n’a pas été faite pour lui, expliqua dame Lin. Elle est destinée au fils aîné de la famille Lou. Je voulais vérifier ce que l’atelier venait de nous signaler. Les quatre autres vêtements terminés avec la fin du rouleau présentent le même défaut.
Dame Lin désigna trois vêtements mis à part. Ti s’accroupit devant les nattes. Le travail était propre. Les points réguliers, les bords rabattus, les pièces assemblées sans gaspillage apparent. Une petite marque au charbon, encore visible à l’intérieur d’un ourlet, indiquait l’endroit où la coupeuse avait posé son patron. Tout semblait exact, hormis le résultat.
— Combien ? demanda-t-il.
— Cinq, tous taillés dans la fin du second rouleau.
Madame Deuxième pinça l’étoffe entre deux doigts. Elle n’était ni mince ni abîmée. Ti prit l’une des robes et examina la couture du côté. Les cinq pièces réduites provenaient de la fin du même rouleau. Les vingt-cinq autres étaient bien coupées. Le problème ne concernait donc ni la qualité du tissu ni le calcul de dame Lin : le rouleau s’était terminé avant la longueur annoncée sur son étiquette.
— D’où vient l’étoffe ?
Dame Lin lui montra le reçu du magasin public. La longueur déclarée y figurait sans ambiguïté. Les couturières avaient employé toute l’étoffe livrée, mais il leur manquait encore plusieurs brassées pour respecter les cinq derniers patrons.
— Le reçu promet trente vêtements, dit-elle. L’étoffe n’en donne que vingt-cinq et cinq trop courts. Vous avez le résultat devant vous.
Dans la rue, au-delà du mur, une roue grinça. Le bruit se rapprocha de la porte latérale de la résidence : un frottement long, deux tours silencieux, puis le même frottement. Un chariot vide traversa un instant l’ouverture. Le conducteur salua les gardes sans ralentir. Sur la plateforme restaient quelques brins de fil et une poignée de poussière pâle.
Le fils de Ti, libéré de sa robe, courut jusqu’au seuil.
— C’est la voiture qui boite !
— Les voitures n’ont pas de jambes, lui rappela Madame Deuxième.
— Celle-là a une roue qui fait un pas plus court que l’autre.
Le chariot disparut. Le grincement décroissant se perdit dans les rumeurs de la rue.
Ti replia la robe grise.
— Faites conserver le reçu, les étiquettes et les cinq pièces, dit-il à dame Lin. Ne les distribuez pas encore.
Elle acquiesça. Il n’était pas nécessaire d’ajouter que les enfants ne rapetisseraient pas pendant l’enquête.
Un pas rapide résonna sous la galerie. Un jeune commis s’arrêta à l’entrée de la cour, le souffle court, et s’inclina si brusquement qu’il faillit heurter le sol du front.
— Excellence, le sergent Hong vous demande dans la grande salle. Un courrier provincial vient d’arriver.
Le ton du garçon effaça le sourire de Ti.
— Depuis quand ?
— À l’instant. Le cheval est couvert d’écume.
Les grandes catastrophes, songea Ti, avaient donc fini par trouver la porte.
Il rendit la robe à dame Lin et lui demanda de la garder comme pièce à conviction provisoire. Si le courrier concernait une tout autre affaire, elle pourrait toujours la lui rendre comme reproche.
*
Le messager provincial avait avalé une coupe d’eau et retrouvé assez de souffle pour se tenir droit. La poussière de la route couvrait ses bottes jusqu’aux mollets. Il portait à la ceinture un étui de cuir fermé par une corde rouge et un petit cachet de transit.
Dans la grande salle du yamen, le sergent Hong attendait auprès de la table basse. Son visage long et calme exprimait cette gravité particulière qui, chez lui, ne signifiait pas qu’une catastrophe était certaine, mais qu’il avait déjà établi la liste de ses conséquences.
Ma Jong et Tsiao Taï se tenaient près de la porte. Le premier observait le messager comme s’il évaluait le nombre de relais qu’un homme pouvait franchir avant de tomber de cheval. Le second regardait plutôt l’étui scellé. Tao Gan, accroupi près d’un coffre de dossiers, avait interrompu le classement de tablettes que personne ne lui avait demandé d’entreprendre et que Hong lui aurait probablement interdit s’il en avait eu connaissance.
Ti prit place derrière la table.
— Votre nom et votre service ?
Le courrier répondit, indiqua le bureau provincial des transports et présenta sa tablette d’identité. Hong vérifia les inscriptions, l’empreinte et l’ordre de mission. Tout était régulier.
— Quand êtes-vous parti ?
— Hier avant le coucher du soleil, Excellence. J’ai changé de monture à chaque relais.
— Vous avez remis d’autres ordres sur la route ?
— Aucun. Celui-ci devait vous parvenir sans délai.
Hong rompit le cachet de transit devant témoins, sortit de l’étui un pli protégé par une enveloppe de toile et le présenta au juge. Le document portait les signes de validation attendus. Ti lut une première fois sans parler, puis une seconde plus lentement.
La province réclamait les rouleaux encore conservés dans le magasin public de Pou-yang. Ils appartenaient à la même grande livraison que les deux rouleaux attribués par Ti à l’aide locale. Le contingent devait partir au matin du septième jour, ce qui laissait au district six jours pleins pour contrôler les pièces, les charger et les conduire au quai désigné. D’après les comptes, tout le tissu demandé se trouvait déjà dans l’entrepôt.
Autrement dit, nul n’était censé le produire. Il suffisait de le livrer.
Les ordres les plus dangereux étaient souvent ceux qui employaient le mot « suffire ».
— Pourquoi cette urgence ? demanda Ti.
Le messager garda les yeux baissés.
— Je n’ai reçu aucune explication officielle. On parle d’un retard dans plusieurs districts du sud et d’un contrôle prochain des entrepôts.
— On parle toujours beaucoup autour des explications qui manquent, dit Ti. Le bureau provincial a-t-il envoyé un contrôleur ?
— Non, Excellence. Mais un commis de passage a vérifié hier un rouleau dans le magasin public. Son rapport accompagne l’ordre.
Hong fit glisser vers Ti une feuille plus étroite.
La conclusion tenait en quatre lignes : le rouleau choisi au hasard portait le bon numéro, correspondait au registre et avait été trouvé sous un sceau intact. Après ouverture, le commis l’avait mesuré. Il manquait une part notable de la longueur inscrite sur le bordereau.
Ma Jong demanda si le manque pouvait venir d’une simple erreur. Ti lui répondit que son importance l’excluait. Un seul rouleau avait été contrôlé; nul ne savait encore si les autres présentaient le même défaut. Tao Gan fit seulement remarquer que le hasard avait choisi bien vite une pièce irrégulière.
Le sergent Hong posa sur la table un registre du yamen.
— Le lot est enregistré depuis plusieurs semaines, poursuivit Hong. Le magasin n’a qu’une porte de sortie pour les marchandises. Elle est gardée. Les cadenas sont sous contrôle et aucun sceau n’a été signalé brisé.
Le constat était assez clair pour se passer de commentaires : la quantité déclarée n’existait plus, mais rien ne prouvait qu’elle fût sortie de l’entrepôt.
— Hong, si le contingent est incomplet, quelles sont les conséquences immédiates ?
Le vieux sergent avait manifestement préparé sa réponse.
— Il faudra d’abord compléter la livraison. Le bureau supérieur pourra reprendre les deux rouleaux accordés à l’aide locale, puis exiger des ateliers qu’ils tissent une seconde fois les longueurs manquantes. Ensuite viendront les sanctions contre les employés du magasin et contre le magistrat qui a certifié les comptes.
— Et les tisserandes ?
Hong hésita à peine.
— Si le manque est attribué à la production, les ateliers devront remplacer les longueurs sans attendre la fin de l’enquête. Certaines familles ont déjà fourni leur part. Elles la fourniront une seconde fois.
La robe grise reparut dans l’esprit de Ti, avec ses manches arrêtées au-dessus des poignets. Les deux rouleaux de dame Lin avaient été retirés du même entrepôt et du même grand lot que celui que le commis provincial venait de contrôler. Dans la résidence, l’étoffe s’était achevée trop tôt. Dans le magasin, un rouleau encore scellé était lui aussi trop court. Il ne s’agissait plus d’un différend avec un tailleur.
— Combien de temps avant que la province ne considère notre silence comme un aveu ?
— Moins de six jours, répondit Hong.
— Naturellement.
Ti relut l’ordre. Le texte était courtois. Il exprimait la confiance du bureau provincial dans la diligence du district, confiance qui avait la forme exacte d’une corde posée sur la nuque.
Il se tourna vers le messager.
— Vous repartirez après avoir mangé et laissé votre cheval au palefrenier. Vous emporterez un accusé de réception, rien de plus. Si l’on vous interroge en chemin, vous direz que le juge de Pou-yang exécute l’ordre.
— Oui, Excellence.
— Vous ne direz pas qu’il l’exécute avec joie. Un mensonge inutile fatigue la mémoire.
Le courrier s’inclina, incertain d’avoir reçu la permission de sourire, puis suivit un commis hors de la salle.
Ti donna ses instructions sans ouvrir de discussion.
— Tsiao Taï, fais garder l’unique sortie du magasin. Aucun rouleau, aucun registre et aucun instrument de mesure ne doit en sortir sans mon autorisation. Ma Jong, accompagne-le et observe les porteurs. Tao Gan, fais apporter ici la pièce contrôlée avec son bordereau; examine son enveloppe sans rompre le sceau. Hong, rassemble les états des trois derniers mois.
Tous quatre répondirent qu’ils avaient compris. Hong demanda seulement s’il fallait convoquer les chefs d’atelier. Ti refusa : une convocation générale effraierait les innocents et avertirait les autres.
Les trois lieutenants sortirent. Hong resta près de la table.
Hong prévint son maître que la distribution familiale devrait sans doute être suspendue. Ti lui raconta alors l’incident de la manche. Le sergent nota sur une tablette que les deux rouleaux concernés provenaient du même magasin et de la même livraison générale.
— Pensez-vous que les deux faits soient liés, Excellence ?
— Ils se ressemblent. Ce n’est pas encore une preuve.
Ti décida d’aller lui-même chercher le reçu auprès de dame Lin. Hong lui rappela que deux audiences l’attendaient encore. Le magistrat reporta celle du marchand de porcs, dont l’affaire gagnerait, selon lui, à perdre un peu de son odeur.
*
Dame Lin avait renvoyé les enfants et fait porter les vêtements sous la galerie. Sur une natte propre, elle avait aligné cinq robes. Une cordelette marquée de petits traits lui servait à comparer les longueurs. Elle ne cherchait pas à établir une mesure officielle; elle voulait seulement savoir si le défaut variait.
Il ne variait presque pas.
La première robe aurait pu être l’ouvrage d’un tailleur parcimonieux. Cinq pièces raccourcies à la fin d’une commande en révélaient davantage. Madame Deuxième apporta le reçu du magasin. Sur le papier, les deux rouleaux contenaient assez d’étoffe pour les trente vêtements. En réalité, ils avaient permis d’en couper correctement vingt-cinq; les cinq derniers avaient absorbé ce que les coupeuses avaient pu sauver de la fin du tissu.
Dame Lin examina les étiquettes et le relevé de l’atelier. Le compte était simple. Toute l’étoffe reçue avait été employée et aucune chute importante ne manquait. La différence existait donc déjà lorsque les rouleaux avaient quitté le magasin public.
Elle demanda à une servante :
— Le chariot qui a repris les paniers vides appartient-il au magasin ?
— Je ne sais pas, maîtresse. C’est le même homme qui avait apporté les rouleaux. Il porte une cicatrice sous l’oreille.
— Son nom ?
— Il n’a pas donné son nom. L’intendant a signé pour lui.
— Et la roue ?
La servante parut surprise.
— Quelle roue ?
— Celle qui grince.
— Elle est cerclée par morceaux. À chaque tour, une jointure frappe la pierre.
Dame Lin regarda la porte désormais vide. Elle se reprocha de ne pas avoir retenu le conducteur. Puis elle écarta ce regret : quand le chariot était entré, il ne transportait que des paniers et des rouleaux de toile. Il n’existait encore aucune raison de soupçonner sa roue d’autre chose que de mauvais entretien.
Ti reparut sous la galerie avec l’ordre provincial. Dame Lin lui exposa son calcul et lui remit le reçu. Il compara le numéro de la livraison avec les renseignements apportés par Hong.
Le lien était direct. Les deux rouleaux utilisés pour les vêtements avaient été prélevés sur la grande livraison conservée dans le magasin public. La province réclamait maintenant les rouleaux restants. Le premier de ceux-ci, contrôlé la veille, était trop court comme les deux premiers.
— Les deux rouleaux découpés ici et le rouleau contrôlé viennent donc du même lot, dit dame Lin.
— Oui. La province en réclame le reste dans six jours.
Elle lui annonça qu’elle souhaitait l’accompagner au magasin. Ti la pria d’attendre qu’il eût d’abord examiné les lieux avec ses hommes; il aurait ensuite besoin de son relevé et du témoignage des coupeuses. Dame Lin accepta sans renoncer à l’affaire.
Un garde annonça le retour de Tao Gan. Deux porteurs déposèrent dans la grande salle le rouleau contrôlé, enveloppé d’une toile protectrice. Hong les suivait avec le bordereau et la tablette d’entrée. Ma Jong et Tsiao Taï étaient restés au magasin pour en garder la sortie.
Ti demanda à dame Lin de conserver les cinq vêtements, leur reçu et leurs étiquettes comme pièces de comparaison.
*
Le rouleau reposait sur deux supports de bois. Sa toile extérieure portait des traces de poussière, mais aucune déchirure. Une corde en faisait trois fois le tour. À l’endroit du nœud, une masse durcie maintenait les brins prisonniers et portait l’empreinte réglementaire du magasin.
Tao Gan avait approché une lampe.
— Je n’ai rien touché, précisa-t-il d’un ton qui indiquait l’ampleur de son sacrifice.
Hong posa côte à côte le bordereau et la copie du registre.
— Le numéro correspond. L’atelier d’origine, la date d’entrée et la longueur déclarée sont identiques. Le contrôleur provincial a mesuré la pièce après ouverture sous témoins, puis l’a fait refermer de cette manière.
— Et avant son contrôle ? demanda Ti.
— Le sceau d’origine était intact, d’après son rapport.
Ti se pencha. L’empreinte était nette. Les bords de la matière durcie ne présentaient ni cassure ni reprise. La corde n’avait pas été retirée. Les nœuds étaient serrés avec régularité. Tout ce qu’un fonctionnaire raisonnable demandait à un sceau se trouvait là : un numéro, une marque, une continuité visible.
Et, à l’intérieur, une longueur d’étoffe qui n’existait que sur le papier.
Il déroula l’ordre provincial à côté du rouleau. Les signes officiels affirmaient que Pou-yang possédait la marchandise. Le cachet du magasin affirmait que personne ne l’avait touchée. La mesure affirmait qu’une partie manquait.
Trois certitudes administratives venaient de se contredire sur sa table.
Ti posa l’index près de l’empreinte intacte.
— Hong, dit-il, demain à l’aube, nous irons voir comment on peut voler une chose avant de briser le sceau qui la protège.